La Clarinette Conte » by Rose Bacot

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ROSE BACOT dans Famille Chrétienne 9 octobre 2012

 

echo du psaume

le texte est intensifié par la mélodie

La clarinette qui enchante les Psaumes

ARTICLE | 03/10/2012 | Numéro 1813 | Par Sybille d’Oiron

Rose Bacot interprète les Psaumes en français, en hébreu… et en musique, avec sa clarinette klezmer.

«J’aime le Seigneur… »

La phrase a traversé comme un souffle la salle recueillie. La voix claire, enjouée, s’enflamme avec des accents enfantins :

« Oui, Il entend ma voix 
Il tend vers moi son oreille 
Je l’invoque chaque jour de ma vie ».

Silence. Légèrement plus forte, plus grave, elle reprend :

« Aavti ki yishma Adonaï, et coli ta hanounaï… ».

Proclamé en hébreu, le Psaume 114 donne à entendre son entrain.

Silence encore. Surgie d’un grand châle aux couleurs automnales, la clarinette s’élève, reste en suspens puis lance avec des tonalités de velours une mélodie rythmée, vive. Telle un juif face au Mur, elle se balance doucement ; le Psaume se prie ainsi en trois langues : le français, l’hébreu… et la musique. Chacune éclaire l’autre.

Avec le psalmiste, crier sa souffrance

Une pince placée au sommet d’une chevelure abondante, Rose Bacot est à l’origine de cet alliage musical. « Le Psaume est venu à mon secours, explique celle qui a raconté la grande souffrance de la mort d’un de ses six enfants, Félix. Dans la douleur, je suis tentée de me couper de Dieu. Or jamais le Psaume ne sort du réel vécu, il n’évacue rien, il crie et choisit : Je veux louer l’Éternel. »

Benoît XVI, qui a consacré aux Psaumes sept semaines de son enseignement hebdomadaire sur la prière, encourageait : « [Chez le psalmiste,] crier signifie poser un geste de foi dans la proximité et dans la disponibilité de Dieu ».

Écoutons encore :

« Tous les peuples m’environnent 
Ils m’enveloppent, ils tournent autour de moi comme des abeilles 
Dans le nom de l’Éternel, je les taille en pièces ».

L’hébreu claque, roule et fouette :

« Col goyim sévavouni 
Sabouni gam sévavouni
Sabouni khidvorim ! »

La clarinette pleure, gronde, vrombit et termine par un cri strident.

 

L’hébreu, musique originale

Pour s’en approprier les sonorités, Rose Bacot a appris l’hébreu à sa manière : par cœur. Les versets, récités mot par mot, disposés entre le français et la clarinette, sont comme la musique originale du texte.

Et la traduction en français ? Faite maison. La musicienne peut confronter jusqu’à vingt-sept traductions pour trouver les mots qu’elle fera siens, dans une libre interprétation ancrée dans la foi. « Vous avez compris l’âme juive », lui a glissé le rabbin Gabriel Farhi.

L’ancienne élève de la bibliste Marie-Noëlle Thabut, de mère protestante et de père catholique, se réjouit de ce travail au carrefour des religions juive et chrétienne. Et s’étonne de l’intense soutien qu’il lui apporte : « J’avais commencé ce travail avant la mort de Félix qui me poussait toujours à y être plus joyeuse, je me suis ainsi trouvée forcée à m’imprégner de prière deux heures par jour ; c’est ma survie. En scène aussi, je prie, et j’espère que le public prie avec moi ».

La musique klezmer, du sur-mesure pour les Psaumes

« Klezmer » serait la combinaison de deux mots hébreux, kailé (instrument) et zemer (voix) : l’expression de la voix humaine par l’instrument. Dédiée aux mariages et autres fêtes juives, cette musique a accompagné la diaspora en se teintant de multiples couleurs locales : tzigane, ottomane, espagnole ou même américaine, avec le jazz.

Clarinettiste professionnelle, Rose Bacot a tout de suite senti que ce répertoire aurait un grand écho sur sa vie : « Une cassette m’a été offerte : des pièces de quelques minutes y exploitaient la clarinette de façon étonnante ! Sans connaître son nom, j’ai ainsi écouté le grand Giora Feidman pendant dix ans avant de prendre ces pièces en dictée, pour pouvoir les jouer à mon tour. Du récitatif angoissé aux mélodies joyeuses, le klezmer exprime toutes les tonalités de l’âme humaine. « Derrière les larmes, on perçoit toujours un sourire », disait Chostakovitch. Comme dans les Psaumes… »

 

S.O.

 

Sybille d’Oiron

 

 

 

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